Covid 19, re confinement et angoisse de mort

Mes pérégrinations sur Facebook, hier soir, m’ont donné l’idée de cet article. En effet, il y avait une publication qui a attiré mon attention. Elle faisait le parallèle entre la façon dont nous avions géré le sida dans les années 80 et aujourd’hui la Covid 19. C’est une phrase d’Osho qui était reprise et pourtant je n’aime pas le personnage (ça, c’est une autre histoire). Il disait que ce n’était pas le virus qui faisait peur, mais plutôt l’angoisse de mort qui était sous-jacente. J’ai donc eu envie d’explorer cette idée d’angoisse liée à la fois au re confinement et au virus en lui-même.

Re confinement, à travers le regard de la psychanalyse

Les psychanalystes freudiens emploient souvent ce terme d’angoisse. Ils le relient au complexe de castration développé par Sigmund Freud. D’aucuns jugeront ses théories poussiéreuses, il en ressort tout de même un fond de vérité. Dans le cas qui nous préoccupe ici, Emmanuel Macron personnifie le père castrateur, en tant que “Père de la nation”, . Il agit pour notre bien, tel un “bon père”. Il se place au dessus et tranche en prenant des décisions. Celles-ci sont plus ou moins bien comprises par une partie de la population.

C’est comme si nous étions pris dans ce complexe. D’un côté, on nous demande de nos comporter en adultes responsables et citoyens et de l’autre on nous empêche. Nous sommes empêchés de prendre nos responsabilités puisque nous sommes cloîtrés à domicile. Le président se comporte, depuis le début de la crise, comme le père qui a besoin d’assoir son autorité. A travers son discours, nous entendons : “Tu n’as pas été sage, alors tu restes puni dans ta chambre”. Je ne souhaite pas commenter les décisions prises par le gouvernement, je n’en ai pas la légitimité. En revanche, je trouve ce parallèle très intéressant avec la psychanalyse. Car il jette un regard sur notre position en tant que citoyens, face à ce virus qui nous dépasse. Cela nous questionne également sur notre rapport à l’autorité.

Covid 19, complexe de castration et angoisse de mort

Je parlais du complexe de castration en début de cet article, mais derrière tout çà, que se cache t-il réellement ? C’est véritablement d’une angoisse de mort, castration ultime, dont il s’agit. Et là, on vient toucher un point sensible de notre société, en cette période de Covid 19. De quelle mort s’agit-il ? La mort de nos semblables, victimes d’un virus dont on ne sait encore si peu de choses ? Je dirai pas seulement.

Pour moi, il y a cette angoisse que tout ce que nous avons connu, se casse la figure. Combien de personnes vont perdre leur emploi, à cause du re confinement ? Et ces restaurateurs au sommet de leur carrière qui se voient les ailes brisées faute de pouvoir exercer, comment vont-ils faire ? Combien de familles qui s’en sortaient plutôt bien financièrement, vont devoir quitter leur maison ? Il ne pourront plus payer les mensualités à la banque. C’est de la mort dont il s’agit, au sens large. Le pire, c’est que cette mort, elle est donnée par celui qui est sensé nous protéger, notre Président, l’image du père.

Comment donner sa confiance après çà ? Ce “père castrateur” nous empêche d’aller vers lui. Il n’y a plus de dialogue. Quid de la démocratie… ? Stupeur, incompréhension, injustice, composent le cocktail détonnant susceptible de faire voler en éclat l’autorité du pouvoir. Car, oui, il faudra bien un jour ou l’autre, sortir de ce complexe. Et tels des ados qui font voler avec fracas l’image parentale, il y a, à mon avis, bel et bien un risque que la réaction soit violente. Un peu comme une cocotte minute, l’énergie refoulée, à moment donné devra s’échapper. Et à ce moment là, la moindre mesure, qui à priori n’aura plus aucun rapport avec la Covid 19, servira le déclencheur. Le déclencheur à quoi ? Seul l’avenir nous le dira.

Le processus alchimiste est à l’oeuvre

Il y a une autre grille de lecture, quant à l’angoisse de mort liée à la Covid 19, qui à mon avis est tout aussi intéressante. C’est celle Carl Gustav Jung. Jung nous parle du processus alchimiste et de la carbonisation. Il y a un peu de ça dans ce que nous vivons en ce moment. Nous sentons tous, au fond de nous, qu’il s’agit de la fin d’un cycle. La pandémie vient agir comme élément déclencheur de quelque chose de plus vaste. Nous voyons bien que, de toutes les façons, notre modèle de société est mis à mal par les changements climatiques, que nous ne pouvons plus occulter. Le premier confinement nous a montré la voie, d’une manière d’être au monde peut-être plus simple, plus minimaliste.

C’est le principe même de l’alchimie, mourir pour renaître. Mourir à soi ou au monde pour renaître dans une nouvelle version de soi-même. C’est un projet qui peut nourrir les angoisses, mais qui est tellement plus vaste que de se focaliser uniquement sur l’instant présent, certes douloureux à bien des égards, mais porteur d’espoirs.

C’est étonnant, ce que je m’apprête à dire, mais finalement, ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est qu’en vivant ce complexe de castration, sous la forme du re confinement et du recul de nos libertés, c’est comme si, le Président Macron nous obligeait à grandir en nous incitant à trancher (principe même de la castration) entre ce qui nous convient et nous convient plus de notre mode de vie. Quelque part, le Covid 19 nous aura donné l’opportunité de sortir de cette torpeur liée au monde l’adolescence et de nous comporter désormais en adultes sages et responsables.

Matthieu Le Tousse - Praticien en Rêve Eveillé Libr e à Trélazé, près d'Angers

Matthieu Le Tousse – Praticien en Rêve Eveillé Libre à Trélazé, près d’Angers

Thérapeute spécialisé dans l'analyse des rêves, j'aide ceux qui le souhaitent, à retrouver l'estime d'eux-mêmes, sortir de la dépression, ou encore vaincre une phobie ou des angoisses.
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